{"id":3571,"date":"2011-12-30T13:53:44","date_gmt":"2011-12-30T11:53:44","guid":{"rendered":"http:\/\/python.bretagne.iufm.fr\/blog-artsvisuel-m1m2-sb\/?p=3571"},"modified":"2015-09-18T11:51:57","modified_gmt":"2015-09-18T09:51:57","slug":"3571","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.inspe-bretagne.fr\/arts-plastiques-m1m2\/?p=3571","title":{"rendered":"SEGOUIN Pauline M1 Groupe 1"},"content":{"rendered":"<p><img decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-3570\" src=\".\/wp-content\/uploads\/Arts-visuels-2.bmp\" alt=\"Parfois le nom d\u2019un objet tient lieu d\u2019une image. Ren\u00e9 Magritte\" \/><\/p>\n<p>Pos\u00e9es sur une table\u00a0: trois feuilles de Canson noir. Sur ces trois feuilles\u00a0: une bouteille en plastique vide, un pot de yaourt vide, une banane en plastique et un morceau de filet de p\u00eache. Devant cette table, devant ces objets, devant ma feuille format raisin, devant la consigne qui veut me faire dessiner ces objets de trois fa\u00e7ons radicalement diff\u00e9rentes, je me sens tout \u00e0 coup un peu d\u00e9pourvue. Il y a, sur la table, des pinceaux et de l\u2019encre de chine. Alors je m\u2019en saisis et commence \u00e0 dessiner ces objets. J\u2019arr\u00eate. Dessiner\u00a0: je ne suis pas tr\u00e8s \u00e0 l\u2019aise. Alors, j\u2019avise du papier noir, des journaux, une paire de ciseaux rang\u00e9s sur des \u00e9tag\u00e8res. Je d\u00e9cide de d\u00e9couper ce papier color\u00e9 et des lettres dans les journaux afin de reproduire avec les caract\u00e8res typographiques ce qu\u2019il y a devant moi. Bient\u00f4t, je m\u2019arr\u00eate\u00a0: suis-je vraiment en train de dessiner\u00a0?<!--more--><\/p>\n<p>Pendant plusieurs semaines, je laisse de c\u00f4t\u00e9 cette grande feuille, ces quelques traits \u00e0 l\u2019encre de chine et ce mot \u2013banane \u2013 d\u00e9coup\u00e9 dans un vieux num\u00e9ro du Monde. La direction prise ne me convient pas. Ayant trop vite troqu\u00e9 le crayon pour les ciseaux, la repr\u00e9sentation figurative des objets pour les mots, j\u2019ai le sentiment d\u2019avoir contourn\u00e9 le sujet. Dessiner, je dois dessiner. Alors, je fouille chez moi. Je trouve une bouteille en plastique pleine, un pot de yaourt vide, un filet \u00e0 provisions, des flotteurs et une vraie banane un peu trop m\u00fbre. Je dispose le tout sur du papier noir. La sensation d\u00e9sagr\u00e9able du vide blanc et uniforme ressentie face au format raisin me conduit \u00e0 pr\u00e9f\u00e9rer un plus petit format. Je d\u00e9chire trois pages d\u2019un carnet de croquis.<\/p>\n<p>Premi\u00e8re feuille\u00a0: je d\u00e9cide de dessiner le plus fid\u00e8lement possible les objets pos\u00e9s devant moi. Cette d\u00e9cision implique de reproduire non seulement la forme mais aussi la couleur des objets de ma nature morte. Je choisis donc d\u2019utiliser le pastel gras. La bouteille surtout m\u2019int\u00e9resse. L\u2019eau provoque des reflets complexes. Je m\u00e9lange les couleurs\u00a0: blanc, bleu clair, bleu fonc\u00e9, un peu de noir. Je suis enthousiaste, il me semble obtenir quelques nuances int\u00e9ressantes. Mais tr\u00e8s vite je dois m\u2019arr\u00eater. Le papier, comme satur\u00e9, ne re\u00e7oit plus aucune de mes touches de couleur. Ce probl\u00e8me se r\u00e9p\u00e8te au moment de repr\u00e9senter mon filet \u00e0 provisions transform\u00e9 en filet de p\u00eache. J\u2019esp\u00e9rais obtenir un gris subtil en dessinant les mailles au pastel blanc sur le fond noir repr\u00e9sentant les feuilles. Mais, de nouveau, la mati\u00e8re sature le grain du papier. Cependant, l\u2019effet mat obtenu me semble \u00e9voquer de mani\u00e8re int\u00e9ressante le filet qui appara\u00eet ou dispara\u00eet selon l\u2019orientation de la source lumineuse. Je dois de toute fa\u00e7on m\u2019en satisfaire\u00a0: il n\u2019y a pas moyen d\u2019effacer.<\/p>\n<p>Sur la deuxi\u00e8me feuille, je veux me laisser tout le loisir d\u2019h\u00e9siter, d\u2019effacer, de recommencer\u2026 Je choisis un crayon de graphite 2B et me rassure par la pr\u00e9sence d\u2019une gomme \u00e0 port\u00e9e de main. Mais la surface blanche du papier me semble monotone. Je ne vois pas quoi en faire. Je ne sais o\u00f9 poser mon crayon. Alors, je saisis mon crayon \u00e0 sa base, juste avant la mine et je l\u2019incline presque \u00e0 l\u2019horizontale. La mine retourn\u00e9e sur sa tranche \u00e9pouse plus compl\u00e8tement le papier que pos\u00e9e sur sa pointe. J\u2019entreprends ainsi de colorier en gris la surface de ma feuille. Un mouchoir en papier en guise de buvard, j\u2019essaie de faire dispara\u00eetre les diff\u00e9rentes nuances de gris n\u00e9es de la pression in\u00e9gale de mon crayon sur la feuille. J\u2019essaie ainsi de cr\u00e9er un fond uni pour ma nature morte. Puis j\u2019esquisse sur ce fond la silhouette de la bouteille. Un trait de trop\u00a0: je veux l\u2019effacer mais emporte avec lui une partie du fond. J\u2019ai tout g\u00e2ch\u00e9. Devant moi se pr\u00e9sentent deux possibilit\u00e9s\u00a0: recommencer tout depuis le d\u00e9but ou continuer \u00e0 tailler \u00e0 la gomme le fond gris de lambeaux. S\u00e9duite par l\u2019irr\u00e9versibilit\u00e9 de mon geste malheureux, je d\u00e9cide de continuer \u00e0 gommer pour dessiner. Il y a comme un plaisir \u00e0 prendre ainsi \u00e0 rebours le dessin, un plaisir \u00e0 utiliser les outils qui y sont spontan\u00e9ment associ\u00e9s et d\u2019avoir l\u2019impression non de dessiner mais de sculpter des formes dans le papier. Le r\u00e9sultat me pla\u00eet, il me semble avoir obtenu le n\u00e9gatif de mon dessin pr\u00e9c\u00e9dent.<\/p>\n<p>Sur la troisi\u00e8me feuille, je d\u00e9cide de revenir \u00e0 ce qui, depuis le d\u00e9but de cet exercice, m\u2019attire presque irr\u00e9sistiblement\u00a0: la repr\u00e9sentation de l\u2019objet par les lettres, par le mot. J\u2019abandonne l\u2019id\u00e9e du d\u00e9coupage des lettres dans le journal. Il me semble que le mot suffit, qu\u2019il n\u2019y a pas besoin d\u2019effets suppl\u00e9mentaires. A l\u2019aide d\u2019un feutre fin de couleur noire, je d\u00e9cide d\u2019\u00e9crire les mots d\u00e9signant les objets que je dois repr\u00e9senter. Le choix de la couleur m\u2019a sembl\u00e9 important. Le noir m\u2019a paru \u00eatre la teinte la plus neutre ne sugg\u00e9rant rien de plus au spectateur que le geste de l\u2019\u00e9criture. J\u2019essaye, par la place qu\u2019ils occupent dans l\u2019espace de la feuille, de traduire la disposition des objets les uns par rapport aux autres, leurs diff\u00e9rences de tailles et de plan. Ainsi, je superpose tout en les d\u00e9calant vers la droite et vers le bas les mots\u00a0<em>bouteille<\/em>, <em>pot de yaourt<\/em> et\u00a0<em>banane<\/em> afin de traduire la hauteur de la bouteille et l\u2019imbrication du pot de yaourt et de la banane. La position centrale de la banane et sa couleur jaune qui attire l\u2019\u0153il justifient des lettres plus grandes que pour les autres mots. Pr\u00e9sent\u00e9e seule, cette repr\u00e9sentation constitue une \u00e9nigme visuelle. Pr\u00e9sent\u00e9e avec les deux autres repr\u00e9sentations, elle sugg\u00e8re la perte progressive et in\u00e9luctable de l\u2019objet. Je m\u2019aper\u00e7ois en effet que le but de mon geste depuis la seconde repr\u00e9sentation a \u00e9t\u00e9 d\u2019organiser la disparition de l\u2019objet, d\u2019abord en utilisant la gomme plut\u00f4t que le crayon et ensuite en pr\u00e9f\u00e9rant le mot \u00e0 l\u2019objet.<\/p>\n<p>Je choisis alors de disposer mes trois dessins \u00e0 la verticale dans l\u2019ordre chronologique de leur r\u00e9alisation. Puis, j\u2019inverse cet ordre. Il me semble plus int\u00e9ressant de proposer en premier les mots et d\u2019inviter \u00e0 retrouver la forme des objets puis leur couleur. Ainsi, un jeu sur l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 des rapports entre la repr\u00e9sentation et l\u2019objet r\u00e9el me semble se cr\u00e9er lorsque le travail est pr\u00e9sent\u00e9 de cette mani\u00e8re.<\/p>\n<figure id=\"attachment_3573\" aria-describedby=\"caption-attachment-3573\" style=\"width: 600px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-3573\" src=\".\/wp-content\/uploads\/Magritte-XL.jpg\" alt=\"Querelle des Universaux, Ren\u00e9 Magritte, huile sur toile, 1928, Centre Pompidou, Paris\" width=\"600\" height=\"446\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-3573\" class=\"wp-caption-text\">Querelle des Universaux, Ren\u00e9 Magritte, huile sur toile, 1928, Centre Pompidou, Paris<\/figcaption><\/figure>\n<p><a title=\"Querelle des Universaux, Ren\u00e9 Magritte\" href=\"http:\/\/www.centrepompidou.fr\/education\/ressources\/ENS-surrealisme\/image05.htm\" target=\"_self\">http:\/\/www.centrepompidou.fr\/education\/ressources\/ENS-surrealisme\/image05.htm<\/a><\/p>\n<p>Cette d\u00e9marche peut \u00eatre rapproch\u00e9e de la <em>Querelle des Universaux<\/em>, huile sur toile du peintre belge Ren\u00e9 Magritte datant de 1928 et conserv\u00e9e au Centre Pompidou \u00e0 Paris. Sur un fond brun est repr\u00e9sent\u00e9e une \u00e9toile blanche \u00e0 cinq branches cantonn\u00e9e de quatre t\u00e2ches d\u2019un brun plus fonc\u00e9 sur chacune desquelles est \u00e9crit un mot <em>feuillage<\/em>, <em>cheval<\/em>, <em>miroir<\/em> et <em>convoi<\/em>. Cette composition appara\u00eet bien \u00e9nigmatique. Le spectateur se voit oblig\u00e9 de reconstituer \u00e0 partir des indices lexicaux du tableau la repr\u00e9sentation des objets voire de la sc\u00e8ne qu\u2019ils composent. Cette \u0153uvre s\u2019inscrit dans une r\u00e9flexion importante dans l\u2019art de Magritte sur la question des liens entretenus entre les objets r\u00e9els, leur image et leur nom. Il a ainsi r\u00e9alis\u00e9 plusieurs <em>peintures-mots <\/em>qui d\u00e9clinent ce m\u00eame jeu ambigu interrogeant les rapports entre mod\u00e8le et image, question qui court tout au long de l\u2019Histoire de l\u2019art. D\u2019ailleurs, ce probl\u00e8me, l\u2019artiste l\u2019aborde de mani\u00e8re plus d\u00e9taill\u00e9e dans un article paru en d\u00e9cembre 1927 dans la revue <em>La R\u00e9volution surr\u00e9aliste<\/em>, intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Les mots et les images\u00a0\u00bb. Ainsi, tout comme peut l\u2019\u00eatre la <em>Querelle des Universaux<\/em>, je peux rapprocher mon travail d\u2019une affirmation de cet article\u00a0: <em>Parfois le nom d\u2019un objet tient lieu d\u2019une image<\/em>. <a href=\"http:\/\/homes.chass.utoronto.ca\/~mfram\/Pages\/3035a-pix.html\">http:\/\/homes.chass.utoronto.ca\/~mfram\/Pages\/3035a-pix.html<\/a> . \u00a0Cet article, accompagn\u00e9 d&rsquo;esquisses, d\u00e9cline avec vivacit\u00e9 les jeux que propose l&rsquo;artiste entre mod\u00e8le et repr\u00e9sentation. Mon travail se situe dans cette m\u00eame perspective o\u00f9 le dessin permet d&rsquo;essayer, d&rsquo;effacer, de jouer avec les diff\u00e9rentes repr\u00e9sentations d&rsquo;un m\u00eame objet avant de passer \u00e0 une repr\u00e9sentation peinte plus d\u00e9finitive. C&rsquo;est tout le loisir que je me suis accord\u00e9 \u00e0 partir de la consigne initiale.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pos\u00e9es sur une table\u00a0: trois feuilles de Canson noir. Sur ces trois feuilles\u00a0: une bouteille en plastique vide, un pot de yaourt vide, une banane en plastique et un morceau de filet de p\u00eache. 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