Système Hybride Texte-Image-Son (SHTIS), première description
Un SHTIS est un système hypermédia de représentation, un document numérique qui combine plusieurs contenus multimédias tels que textes, images, vidéos, audios. Il est dit « de représentation », dans sa fonction essentielle de donner à voir et à comprendre une pratique (Blocher et Lefeuvre, 2017, p. 102), de la documenter. Pour ce faire, un SHTIS donne à voir des relations entre la pratique filmée, sa retranscription, des commentaires, un texte en voix-off, etc., d’où le nom de Système Hybride Texte-Image-Son (SHTIS).
La cohabitation des éléments de nature analogiques, digitales et analogiques-digitales en un seul espace permet de construire une première forme de documentation (cf. Sensevy, 2022) de ce que l’on cherche à comprendre. Nous donnons une représentation de cette cohabitation dans la figure ci-dessous.

Un SHTIS, espace où cohabitent des données de différentes natures
Un SHTIS est donc une forme-représentation[1], un système de signes, dont le noyau est un film de la pratique, un film d’étude (Sensevy et al., 2022).
Ce film est annoté, il est mis en réseau avec d’autres documents. Dans l’exemple ci-dessus, ces éléments sont principalement la zone de description de la pratique et la transcription du film (sous-titres de la vidéo), ainsi que des expressions du « jargon », c’est-à-dire du langage spécifique à la pratique de la classe (Sensevy et al., 2019). Il peut être aussi annoté avec une autre vidéo, une image, un lien hypertexte, des « effets techniques ». Ces annotations viennent enrichir la compréhension générale de la situation. Chaque annotation peut être mise en relation avec toute autre annotation de manière réciproque. La notion d’annotation réciproque joue un rôle essentiel dans l’appréhension et dans l’usage des SHTIS. Elle signifie que tout élément d’un SHTIS peut annoter un autre : par exemple, on peut dire non seulement qu’un commentaire C annote telle partie d’un film P, et permet de le voir différemment, mais encore que cette partie d’un film P annote le commentaire C et amène ainsi à le voir différemment.
L’ensemble du film et des annotations s’enrichissant réciproquement aboutissent à ce qu’on appelle en TACD une mise à disposition de la pratique. Elle doit permettre à celui qui étudie ce film de faire les connexions entre des événements, d’y référer autant que nécessaire, de voir et comprendre l’intrigue didactique proposée, de l’annoter autant que de besoin » (AdFE,2024 ; Sensevy,2019).
Un SHTIS se présente sous la forme d’une vidéo MP4 d’une durée relativement courte. Le choix de ce format est à la fois pragmatique et conceptuel, pragmatique car cette durée rend favorable son visionnage en entier et conceptuel car il s’agit de rendre compte de l’essentiel d’une analyse. À tout moment, la vidéo peut être mise en pause, le lecteur retrouve alors les différents contenus qui s’annotent réciproquement comme le montre la capture d’écran ci-dessous.

Capture d’écran d’un SHTIS d’accompagnement de deuxième génération, produit en 2023 dans le cadre de l’ANR DEEC.
Cette description de ce qu’est un SHTIS ne suffit pas à le définir. Un SHTIS peut-être aussi défini par ses fonctions. Si leur fonction première consiste à documenter la pratique d’une manière qui permette de saisir l’action conjointe du professeur et des élèves, les SHTIS ont à la fois des fonctions de diffusion, de discussion et de transformation des pratiques qu’ils documentent.
Système Hybride Texte-Image-Son (SHTIS), leurs fonctions
Diffusion :
Au cours de la première année d’expérimentation de la recherche DEEC, les SHTIS ont été utilisés lors des réunions d’accompagnement de groupes de professeurs devant mettre en place la séquence pour partager des pratiques que nous jugions comme suffisamment efficaces. Ils sont alors support à discussion. Simultanément ils ont été diffusés dès auprès de ces mêmes professeurs via une plateforme Moodle comme le montre la capture d’écran ci-dessous.

Capture d’écran du Moodle « expérimental »
La deuxième année de l’expérimentation tous les professeurs y ont eu accès et par la suite ils pourront être diffusés à plus grande échelle.
Discussion et transformation des pratiques
Les SHTIS sont instrument du dialogue d’ingénierie. Tout au long de leur conception et de leur fabrication ils permettent au collectif de recherche de discuter sur du concret et de s’assurer que nous parlons tous de la même chose. Cela commence dès le choix des extraits de films de classe, puis continue autour des premiers montages, pour terminer par une discussion autour du SHTIS lui-même. Ils permettent de repérer et de documenter des ingéniosités pratiques c’est-à-dire des gestes épistémiquement denses et le jargon lié pour faire fonctionner les dispositifs contenus dans la séquence. Par exemple, intégrer l’annotation d’une grandeur dans une représentation de la situation ici le schéma-ligne, les élèves-classe, les élèves-cantine, les élèves maison comme le montre ci-dessous l’ensemble des trois captures d’écran de SHTIS.

[1] Le terme forme-représentation veut préciser le terme représentation qui ne renvoie pas à une vision mentaliste mais à une conception publique de la représentation. (AdFE, 2024)
